Beverly Jo Scott

auteure, compositrice, interprète

Il fut un temps où l'on rêvait de quitter l'Europe pour l'Amérique lointaine... Aujourd'hui, l'Amérique est chez nous... sous les traits d'une icône de la chanson.

Lors de son dernier passage à Liège, pour un concert acoustique, Beverly Jo Scott a reçu Cité des Femmes... qui était dans ses petits souliers, béate d'admiration devant cette grande dame au charme incontestable. Beverly Jo Scott pour Cité des FemmesN'ayant rien perdu de son petit accent "bien de chez elle", Beverly Jo nous a accordé une interview ponctuée de grands éclats de rires... inoubliables!


Tu es née à "Florabama"?

"Florabama est un bar-concert légendaire situé sur la plage qui fait frontière entre la Floride et l'Alabama, au sud-est des États-Unis. C'est ma région natale et ce bar était le lieu de rendez-vous de mon adolescence avec mes potes... notre refuge pour y boire et beaucoup chanter... ce que je fais encore aujourd'hui quand j'y retourne".

Qu'est-ce qui t'a amenée en Belgique ?

"Je suis venue ici à une époque où j'avais besoin d'autre chose que des États-Unis. J'ai toujours été curieuse, je suis comme l'éternelle "vagabonde". J'avais besoin d'air, j'étais prête à tout pour échapper à des problèmes familiaux qui m'oppressaient. J'ai suivi une amie et nous avons atterri en Belgique un peu par hasard... j'avais 22 ans. On s'est retrouvées assez vite à la rue, elle est repartie aux States, et moi je n'en avais pas les moyens. Je suis restée plantée là, à Bruxelles, à dormir et chanter dans les rues du centre ville! Les belges sont accueillants, ils m'ont donné une chance de refaire ma vie... et ce pays est devenu le mien! Quand je pars, c'est comme tout le monde : je vais chercher le soleil! Mais je reviens toujours ici!" (rires)

Beverly Jo, tu chantes depuis que tu es toute petite?

"Oh oui!... J'ai été élevée dans une communauté protestante et l'église était notre lieu de recueillement social. On apprenait les chants religieux et populaires. Tout le monde, dans ma famille, chantait et jouait d'un instrument. J'ai foutu le camp pour être indépendante à 17 ans!"

Comment définis-tu ta musique?

"C'est difficile pour moi de la définir... J'ai un héritage de chez moi, du Golfe du Mexique, du Dixie Rock... Dans la musique que je fais, il y a du country, du blues, du gospel, du rock, un peu de funk, une touche de musique classique aussi".

Tu as fait des duos remarquables avec Paul Personne, Cabrel, Maurane, Arno... Avec qui aimerais-tu encore chanter?

"Il y en a beaucoup... je peux toujours rêver! Quelqu'un qui me botte terriblement, c'est Rickie Lee Jones... mais je serais comme une limace à faire des bulles!" (rires)

Tous les duos ne sont pas possibles parce qu'il y a des différences de voix?

"Tout à fait! Les voix, les styles ne s'accordent pas, surtout les tonalités! J'ai eu l'expérience avec Eddy Mitchell avec qui je préparais un superbe duo. Au final, ils ont changé les tonalités pour mister Mitchell et pour moi, c'était un fiasco! J'étais très déçue que ça n'aboutisse pas".

En 2002, tu as chanté en français "Dormir au chaud" pour venir en aide aux sans-abris?

"C'est Claude Semal qui l'a composée et on l'a retravaillée à deux. C'était très important pour moi de faire cela et je fais encore beaucoup de bénévolat".

Tu as une prédilection entre une petite ou une grande scène?

"J'aime tout! Avec les petites scènes, je peux être proche du public, le taquiner, voir les réactions, savoir quand je le touche... Avec les grandes scènes, c'est le grand spectacle".

Après l'immense succès de "Planète Janis", tu as composé un premier album en français et tu le présentes en Belgique en version acoustique?

"On a déjà fait une tournée en France avec l'album. J'avais très envie de faire un projet en français et ce disque c'est mon "dada". Beverly Jo Scott pour Cité des FemmesC'était un défi pour moi que de me pousser plus loin avec cette langue et d'essayer de la poser sur la musique de chez moi. On m'a tellement dit que le français était difficile à faire swinguer! C'est assez vrai, mais peut-être qu'avec mon accent, ça passe plus facilement ou alors les gens sont plus cléments avec moi...!" (rires)

Dans tes rencontres musicales, quel(le) est l'artiste qui t'a le plus marquée?

"Chris Whitley, un copain magnifique, un américain qui voulait aussi refaire sa vie ici. Il est décédé maintenant... C'était un des personnages les plus marquants de Sony Music, à son époque. Il était unique, musicalement parlant, humainement parlant. Et il y a aussi Jeff Buckley qui m'a fortement touchée, transportée, influencée!"

Quel est le meilleur souvenir que tu gardes des États-Unis?

"Oh il y en a tellement! J'ai eu la chance de vivre jusqu'à mes 50 ans maintenant, j'ai une flopée de souvenirs! Dans mon enfance, une des choses qui me plaisaient le plus, c'était quand la famille se réunissait autour du piano, avec les guitares et qu'on chantait dans cette petite communauté rurale, éloignée des grandes villes. On vivait dans une pauvreté remarquable mais on s'entraidait... et on chantait du plus petit au plus âgé! Cet esprit de "spirit" comme on dit chez moi, cette fraternité a forgé, je crois, la personne que je suis aujourd'hui".

J'imagine que l'élection de Barak Obama t'a touchée?

"Ooohhh... je crois que je n'ai jamais autant "tchoulé" (mot wallon qui veut dire : pleuré) de joie! J'ai pleuré aussi pour Bush, mais c'était du chagrin! (rires). Je suis retournée chez moi pour voter, je voulais regarder ça! Et quand il a gagné, ça a été un des plus grands moments de ma vie! J'ai commencé à avoir un peu d'espoir... Beaucoup d'américains ont une éducation politique appauvrie, ils ne comprennent pas vraiment comment ça fonctionne. Ici, en Europe, vous avez plus d'histoires. Votre démocratie a des centaines d'années! Votre philosophie, en général, est plus mature que chez moi".

Pour toi, qu'est-ce que ça représente d'être une femme à notre époque ?

"C'est magnifique! Je crois qu'on n'a jamais eu une époque où c'est aussi agréable d'être une femme. Aujourd'hui, on sent le progrès que la femme a fait, on sent ce bouleversement du pouvoir qui rendait les choses impossibles pour les femmes. Mais il reste énormément de choses à faire sur la terre entière! J'ai reçu pour la première fois à la "Journée de la Femme" une fleur de mon beau-fils... and this beautiful style... ce joli geste, me montre que cette jeune génération commence à reconnaître cette journée. Ça m'a touchée, it's very very nice!"

Brigitte, 20/03/2010
Photos : Maxin'R
Copyright photos : Cité des Femmes

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