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Championne de course automobile, Vanina Ickx est montée une vingtaine de fois sur le podium,
en seulement treize ans de compétition! Pilote de course très rapide sur un circuit, Vanina n'en est pas moins une jeune femme aux gestes mesurés... et à la voix très douce!
Invitée à rejoindre Vanina pour une interview dans les paddoks, Cité des Femmes a eu le privilège d'assister aux préparatifs des 24h de Francorchamps.
Quand vous avez commencé la course, on vous a prise au sérieux?
"Non!... J’ai eu la chance de rouler avec beaucoup de voitures différentes et dans beaucoup de catégories différentes. J'ai fait de belles courses, comme le Paris-Dakar. J’ai roulé en GT, en Tourism, en Mono-place, maintenant Proto aux 24h du Mans. Malgré tout, j’ai réussi à me faire un chemin... mais c’est vrai qu’au début, on me proposait beaucoup de volants pour faire de la "figuration"... parce que les équipages féminins sont rares, sont médiatiques... On n’attend pas d’elles qu’elles gagnent mais qu’elles soient là, à faire un peu de spectacle! On ne leur met pas à disposition les outils pour gagner. Et donc, à travers le temps, j’ai pu avoir le respect des professionnels. Grâce à ça, je roule au Mans aujourd’hui! Des hommes qui font confiance aux femmes, il y en a... mais ça prend du temps!"
Avoir un papa champion de course automobile,
ça vous a plutôt aidée ou plutôt desservie?
"Indiscutablement ça m’a ouvert beaucoup de portes! C’est très certainement grâce à ça que j’ai commencé... mais un peu par coïncidence aussi. J’avais rencontré, dans une salle de fitness, une femme pilote qui était enceinte. Elle avait toute sa saison bouclée, son budget prêt, elle était prête à rouler mais comme un heureux événement l’attendait, elle devait absolument trouver une remplaçante. Et quand elle a su comment je m’appelais, elle s’est dit que ça pouvait intéresser ses sponsors. Elle m’a proposé de la remplacer et j’ai dit oui tout de suite".
Vanina, quel a été votre meilleur chrono?
"Sur chaque circuit, on a un chrono de référence... et ici à Spa, j’ai tourné en 2min09. C’est le plus vite que j’ai été sur ce circuit, avec une Pescarolo LMP1 (c’est un prototype qui roule au Mans). Et la vitesse la plus élevée à laquelle je suis allée... ça doit être 320km/h. La Pescarolo, c’est aussi la voiture la plus sensationnelle que j’ai conduite!"
Est-ce difficile de se faire une place dans ce monde "d’hommes"?
"Quand j’ai commencé, je ne le mesurais pas autant! Maintenant, avec les années et du recul, je vois que c’est encore un sport assez macho. Les femmes doivent dépenser beaucoup plus d’énergies pour être considérée au même niveau. Je ne dis pas que c’est impossible à faire... Il y a des femmes pilotes très, très bonnes. Mais souvent elles n’ont pas la reconnaissance qu’elles méritent et elles ne roulent pas au sein de Team qui leur permettent de briller. Parce que c’est un tout, pour arriver à gagner une course : il faut être dans la bonne voiture, la bonne équipe, se préparer physiquement comme un grand sportif... Donc, il faut réunir beaucoup de facteurs et, à un moment donné, on a besoin que quelqu’un nous fasse confiance, que le team-manager nous fasse confiance, qu’un sponsor nous fasse confiance... et ça, c’est encore difficile à obtenir".
Vos exploits ne se résument pas à l’automobile puisque vous êtes la 1re femme à traverser la Manche en Ulm, et vous avez aussi le record de vitesse de saut à ski?
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La traversée de la Manche a été faite pour une bonne action qui s’appelle Liloo (aide aux femmes battues) et j’étais vraiment contente de relever le défi parce que j’adore ça! Et le saut à ski, ça a été réalisé pour une émission de France3. Mais je fais tout ça avec plaisir parce que j’apprends à repousser mes limites, j’apprends qui je suis à travers ces moments de peur... parce qu’on a peur avant de sauter, avant de traverser la Manche... ".
Vous éprouvez encore de la peur... maintenant?
"Chaque fois avant de prendre le départ d’une course, j’ai toujours le cœur qui bat à tout rompre et je me demande toujours ce que je fais là... mais dès que le feu passe au vert, c’est fini! Je suppose que ça doit être comme la peur des artistes avant de monter sur scène".
Ce qui vous motive le plus, c’est le sport en lui-même, la vitesse, se mesurer aux autres?
"C’est se mesurer à soi! Pour moi, c’est le plus grand défi! C’est de repousser ses limites, c’est de faire mieux que ce qu’on a fait avant... c’est la beauté du geste. Maintenant, je fais aussi beaucoup d’endurance, ça veut dire que c’est un sport d’équipe. Rouler pour une équipe, je trouve ça plus valorisant que de rouler pour soi! Au final, sur la piste, c’est vraiment par rapport à soi qu’on se bat. Je suis ma pire ennemie... parce que je peux, en un dixième de secondes, faire une faute. Je peux sortir de la piste et avoir tous les espoirs déçus. Je suis vraiment ma pire ennemie! Mais je trouve qu’il n’y a rien de plus beau que de se battre pour une équipe, pour un team, pour les mécanos, pour les ingénieurs, pour les autres pilotes... et de vaincre ensemble, c’est quelque chose de très satisfaisant!"
Que conseilleriez-vous à une jeune femme qui voudrait suivre vos traces?
"On m’a posé la question quelquefois et j’ai un parcours tellement hors du commun, tellement privilégié à cause de mon nom, à cause de là où je suis née... et tout est arrivé tellement "par hasard" que je ne saurais vraiment pas quoi leur dire!
Si ce n’est que de croire en leur rêve, de ne laisser personne les décourager et de dépenser beaucoup d’énergies dans ce qu’elles ont envie de faire! Parce que sans sacrifices, on n’y arrive pas! Je trouve que les femmes ont beaucoup de mérites parce qu’elles doivent avoir beaucoup de cordes à leur arc. En plus de leur métier, elles ont une vie de famille à gérer avec des enfants à s'occuper. Elles ont un rôle qu’on ne peut pas remplacer. On ne peut pas confier facilement ses enfants à quelqu’un. Je trouve que les femmes qui sont à la fois femme, épouse, mère et qui ont aussi un métier... c’est fantastique, mais c’est très dur! Et je tire mon chapeau à celles qui arrivent à tout faire!"
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