Sabine Delahaut, artiste-graveuse

Rencontrée en Belgique, il y a de nombreuses années lors d'études de stylisme, j'ai eu littéralement un coup de coeur pour une artiste franchement douée pour sa génération : photo Sabine DelahautSabine Delahaut. Curieuse de tout, elle a voulu apprendre autant que son temps le lui permettait et a grandi dans un univers artistique enrichissant. Aujourd'hui assistante dans un atelier parisien de renommée internationale, Sabine se voit encore tout faire, tout expérimenter. D'un naturel simple et sans manière, elle donne autant qu'elle apprend à celui, ou celle, qui vient lui demander conseil. Artiste-graveuse, Sabine n'en a pas fini d'ajouter des cordes à son arc... pour le plus grand plaisir de nos sens, après celui de nos yeux!

Sabine, raconte-nous ton parcours...

"photo gravure Sabine DelahautJ'ai commencé par l’apprentissage de la peinture à l'huile, de 1992 à 1995 à St-Luc (Liège, Belgique)... avec un peu de gravure. Mais celle-ci ne m'avait pas attirée à l'époque parce que c’est une pratique qui demande plus de temps pour aboutir à quelque chose de concret. A la fin de mes études et après quelques expositions collectives à Bruxelles, j’ai suivi une formation de stylisme modélisme (1997), puis des cours d'ensemblier-décorateur, pendant cinq ans. J'ai ensuite travaillé dans un magasin de design contemporain et de décoration d'intérieur. Parallèlement, j'ai suivi des cours du soir de technique d'impressions artistique (lithographie, offset, gravure et sérigraphie)".

Puis tu t'es installée à Paris?

"Oui, en 2006. J'’ai intégré l’atelier ContrePoint, anciennement Atelier 17 (1). Cet atelier a été fondé (1927) par un chimiste anglais, Stanley William Hayter, qui avait mis au point de nouveaux procédés d’impression de plusieurs couleurs en une seule opération, c’est un atelier expérimental qui prône l’ouverture de la gravure traditionnelle au langage moderne".

Et c'est là que tu as appris la technique du burin?

"Oui. Le burin est un outil qui permet de dessiner dans la plaque de cuivre. C'est véritablement une découverte pour moi! Précédemment, j’utilisais l’eau-forte (acide) ou la pointe sèche. Avec la pointe sèche, on peut dessiner librement comme avec un crayon, avec une contrainte cependant, due au sens du fil dans le cuivre. L'Eau-forte, quant à elle, nécessite des produits chimiques, des vernis, des acides qui sentent fort et... c'est plutôt toxique! Et puis, je n'avais pas trouvé le trait, la ligne que je voulais avec ces techniques seules! Avec le burin, la ligne formée est plus pure et très résistante, je peux donc faire de nombreuses impressions. Et puis ça m'a ouvert un monde de possibilités, car je l’utilise aussi en complément d’autres techniques".

C'est vrai que le burin, on aime de suite ou on déteste?photo Sabine Delahaut

"Oui... Il y a toujours une période d'adaptation parce que c'est un outil difficile à manipuler au départ. Pour graver au burin, on s'assied parallèlement à la table, on cale l’outil dans la paume de la main, et on le fait avancer doucement dans le cuivre en s’aidant de la poussée qui s’effectue depuis l’épaule... l’autre main maintient et guide la plaque donnant à la ligne une direction (à l’opposé du dessin où c’est le crayon qui se déplace et pas le papier). Voilà pourquoi il faut un certain temps pour l’apprivoiser!"


Tu vas bientôt exposer?

"Du 20 février au 26 avril 2009, j'expose mes lithographies en Belgique, au Mamac de Liège (2). Puis, ce sera mes gravures, du 03 au 14 mars à l'Espace culturel Bertin Poirée, à Paris (3)."

Quels sont tes projets pour 2009?

"Explorer toujours mes souvenirs d'enfance, les faire évoluer dans un monde fantasmagorique où la femme et le règne animal sont très présents. J’aime travailler la fourrure au burin. C'est vrai que cet outil est magique pour les détails! Et puis, j'ai un projet de collaboration avec une artiste du Barhain, que j'ai rencontrée à la résidence d'artistes à Assilah, au Maroc... ce sera un projet ouvert aussi à d’autres disciplines que la gravure et sur le thème commun de la peau".

photo Sabine DelahautTu as été travailler au Maroc?

"Oui, à l’occasion d’un festival qui se tient, chaque année depuis 30 ans, sous le haut patronage du Roi du Maroc et organisé par le Ministre de la Culture... Nous avons été invités avec quelques membres de l’atelier (ainsi que de nombreux artistes en provenance du monde entier) à travailler là-bas durant trois semaines, une expérience inoubliable ! Les oeuvres créées à cette occasion, alimenteront un futur Musée d’Art en cours de création".

Projette-toi dans dix ans...

"Je pense que je ferai toujours de la gravure, parce que c'est un moyen d'expression qui me convient bien maintenant... Je profite un maximum des opportunités que j'ai d'apprendre et de découvrir des choses nouvelles. Mais je veux aussi m’exprimer au travers de la lithographie, de la peinture, des installations,... J'ai deux mains qui me démangent et je ne peux --et ne veux pas-- m’enfermer dans une seule et unique voie !"

Brigitte Mairiaux, 25/01/2009
Crédit photos gravure et litho : Sabine Delahaut

Atelier ContrePoint, à Paris http://www.ateliercontrepoint.com