Marie-Paule Kumps, comédienne, metteuse en scène...

Quand on interroge Marie-Paule Kumps, on dirait que travailler est un jeu. A presque toutes nos questions, elle nous dit que "c'est très gai". Tout ce qu'on dit, tout ce qu'on écrit, tout ce qu'on interprète prend un caractère de jeu enrichissant et Marie-Paule y prend beaucoup de plaisir. C'est stimulant de l'écouter parler avec autant de passion.

Marie-Paule KumpsVous êtes auteure, comédienne, metteuse en scène, professeure... qu’est-ce qui manque à votre "palmarès"?

"J’aimerais bien tourner plus, j’aimerais faire plus de cinéma. Mais ce n’est pas facile, ça ne dépend pas que de moi! J’aime beaucoup tourner, c’est un rapport différent aux autres, au public... puisque c’est la caméra".

Vous avez écrit plusieurs pièces dont trois avec votre compagnon (Bernard Cogniaux). Le théâtre, c’est une affaire de famille ?

"Oui mais ça a été une affaire personnelle d’abord. Et ce sont deux affaires personnelles qui se sont rencontrées puisque Bernard avait fait le Conservatoire de Bruxelles et il jouait déjà pas mal. J’avais fait l’IAD (Institut des Arts de Diffusion de Louvain-la-Neuve) et je jouais aussi de mon côté. Et puis, on s’est rencontrés à la Ligue d’Improvisation où on jouait tous les deux, on était dans la même équipe... on s’entendait très, très bien, et puis de là, on a commencé à vivre ensemble, à faire une famille... Mais c’était deux passions personnelles, je veux dire. Ce qui était très gai, c’est qu’on a d’abord travaillé ensemble et on s’est bien entendu sur le plateau et c’est une collaboration qu’on a continuée. Donc, en dehors du fait qu’on vit ensemble, qu’on a des enfants ensemble... on apprécie la collaboration professionnelle".

En Belgique, les enfants vous connaissent comme étant la grand-mère de Blabla, une émission enfantine. Est-ce que c’est important pour vous de toucher le jeune public ?

"Marianne Nihon (à ce moment-là productrice à la Rtbf de la nouvelle émission BlaBla) partait un peu dans l’inconnu. Elle avait envie de faire une émission jeunesse et se retrouvait avec le concept de petites fictions qui allaient être jouées par une marionnette (un peu bizarroïde) avec des comédiens. Marianne a contacté Bernard en lui disant que "tout cela va se tourner très vite et pense qu’il y aura beaucoup d’improvisation" et qu’elle lui demandait de constituer une équipe d’acteurs qui seraient intéressés par ce travail et aussi très bons dans l’impro (Jean Marc Cuvelier, Gudule Zuyten, Olivier Massart, Isabelle Defossé, Eric De Staercke, Bernard et moi). Et c’est là qu’on est rentré dans l’équipe de BlaBla. Et ça fait quatorze ans! Je travaille beaucoup ailleurs mais j’en fais encore un par mois, à peu près".

Marie-Paule, il paraît que vous ne tenez pas en place?

"Oui, je suis un peu hyperactive. Marie-Paule KumpsC’est mon caractère, j’entreprends beaucoup de choses. Mais mon métier, c’est ma passion! Et à la maison, c’est une passion qui est comprise et partagée par Bernard. Nos enfants (14 et 17 ans) sont très ouverts, très autonomes et ne nous empêchent pas de mener à bien les projets qu’on a envie de mener. Je jardine un peu, j’adore cuisiner, je lis aussi, j’adore l’art en général, j’aime bien les musées. Et aussi, vivre de nos métiers, ce n’est pas facile, ça reste des métiers très artisanaux avec des salaires très bas, proportionnellement en Belgique! Mais il faut vivre de son métier. C’est un métier rigolo, passionnant, mais il doit quand même nous permettre d’élever les enfants, payer la maison, acheter à manger... En conclusion, il faut travailler beaucoup pour vivre de son métier".

Vous êtes aussi championne de "gromelot"?

"J’en ai tâté quelques fois et ça m’amuse beaucoup. Dans un spectacle qu’on avait fait, Bernard et moi, qui s’appelait "Orage sur un dictionnaire" et qui était le premier texte écrit ensemble, c’était une série de sketches, très divers, qui étaient tous liés au plateau. Il y a des moments où on chantait, des moments où on bougeait, il y avait un numéro de piano dans le noir dont on ne voyait que les gants blancs... Enfin, il y avait toutes sortes de choses, et le dernier sketch, je faisais du gromelot, c'est-à-dire que je parlais aux gens normalement et à un moment le discours dérapait et les gens avaient l’impression que j’avais des problèmes pour parler. Je bégayais un peu et puis ça devenait du gromelot, c'est-à-dire du langage inventé fait de syllabes juxtaposées mais qui n’ont pas de sens. Le vrai maître, c’est Dario Fo qui le fait magnifiquement bien! Et j’ai utilisé aussi cela avec Bruno Coppens dans "Le marchand de fables va passer", c’était des fables de Lafontaine réécrites".

Vous avez obtenu quelques prix pour vos spectacles, c’est rassurant ou c’est boostant?

"C’est toujours très gai de recevoir un prix, parce que c’est une reconnaissance du travail qu’on fait... parce qu’on travaille dans l’éphémère. Le cinéma, il reste encore le support du film, mais les acteurs de théâtre, ça s’envole dans l’air! ...Avoir des prix, c’est une reconnaissance, c’est encourageant, c’est rassurant! En Belgique, on n’est pas toujours très soutenu par les médias, et il n’y a pas beaucoup de choses qui existent ici. On remet des projets dans des théâtres qui sont refusés, on demande des subsides qui sont refusés, on passe des auditions, des castings où on n’est pas pris, donc on a toujours l’impression qu’on redémarre à zéro... même si on est connu! On est beaucoup de comédiens en Communauté Française... et en même temps, faut pas qu’un prix vous fasse un gros cou... parce qu’un an après on ne se souvient pas qu’on vous a donné un prix. D’ailleurs il y a plein de gens qui ne savent pas que vous avez eu un prix... En France, il y a beaucoup plus de marketing, il y a un star system et pas chez nous!".

Marie-Paule KumpsQuelle est votre actualité, en ce moment?

"Je tourne encore "Tout au bord" (à Namur, Verviers, Herve, Dinant), c’est une espèce de suite d’un autre spectacle "Pour qui sont ces enfants qui hurlent sur nos têtes?" (1996) qui raconte l’histoire d’un couple avec deux enfants. Dans cette suite, les enfants ont quitté la maison et on retrouve ce couple qui a plutôt le cafard et qui se remet en question".

Finalement, ce sont les mots qui vous stimulent le plus ?

"Oui, je crois que plus je vieillis et plus ça me plaît. J’ai aussi mis en scène deux spectacles et ça me plaît! Et puis, on a écrit un long métrage avec Bernard. Il va se tourner fin avril 2009...".



Brigitte Mairiaux, 23/03/2009