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Grande femme à l'allure nonchalante, mariée à Marka (une des icônes belges de la chanson), maman de deux enfants, souriante et d'un naturel désarmant, Laurence Bibot a tout pour plaire!
Comédienne de théâtre mais avant tout humoriste talentueuse, c'est toujours avec impatience qu'on attend de découvrir un nouveau spectacle en s'étonnant de ce qu'elle peut encore nous inventer... pour nous éclater les zygomatiques.
Madame reçoit Cité des Femmes dans la véranda joliment décorée de peintures, photos et dessins tandis que Monsieur compose dans le studio aménagé dans le jardin. L'un envoyant, par les fenêtres se faisant face, de petits pieds de nez à l'autre... comme pour garder le doux contact de leurs âmes créatives.
Laurence, quelle est cette femme qui se cache derrière l’humoriste ?
"L’avantage de vieillir, c’est peut-être de moins chercher... On est plus tranquille, on accepte que des trucs nous échappent, que des choses ne vont jamais changer, on s’accepte avec ses défauts et ses qualités. On est peut-être moins dans la recherche de ce qu’on est que lorsqu’on est jeune!"
Lors de la tournée "Monsieur et Madame", vous avez visité des pays comme la Chine, le Japon... Qu’est-ce qui vous a marquée le plus ?
"Ce sont deux pays fort différents. La Chine, c’est un pays en devenir, ils sont des milliards, les frontières se sont ouvertes, ils ont une économie plus forte. Ce pays va devenir une puissance énorme avec tout ce que cela va leur ramener de positif et de négatif. Maintenant, c’est déjà très pollué avec beaucoup de voitures, et je me dis que dans dix, quinze ans, quand il y aura une classe moyenne plus forte, ça va être pire! Ils construisent des tours et des nouveaux quartiers qui sont effrayants mais très impressionnants aussi. Il y a des gratte-ciels qu’il n’y a pas ailleurs. Et les jeunes là-bas vont changer l’ordre du monde! Au Japon, par contre, c’est plus une culture très ritualisée, très rassurante pour les étrangers. C’est aussi une grosse ville avec beaucoup de monde, et où l’on s’y sent en sécurité. C’est très propre, on dirait qu’on est dans Disneyland! Et puis, il y a des petites choses, des détails de la vie de tous les jours qui sont stupéfiantes! Il y a une mentalité d’autodiscipline que nous n’avons pas chez nous!"
Vous êtes marraine pour Amnesty International, engagée avec Max Havelaar (logo du Commerce équitable), et dans la lutte Contre la Violence sur les Femmes... c’est important pour vous de vous engager dans ces causes ?
"C'est-à-dire que je ne suis pas très militante, pas très engagée, ni porte-drapeaux. Quand Amnesty me l’a demandé, je n’étais pas sûre de pouvoir y consacrer assez de temps. Je suis partagée, j’espère que ça va servir à quelque chose mais préfère croire --et c’est peut-être prétentieux-- que mon travail de tous les jours c’est mon engagement. Que ça, c’est une vitrine. La manière de se dire "tiens, en tant que femme, il y a moyen de travailler, d’avoir une famille, de faire rire, de ne pas être traitée ni d’idiote ni de féministe, d’être entre les deux et d’essayer de se faire une place là-dedans". J’espère que cette manière de faire-là est un message! J’ai appris des choses, avec Amnesty, et je suis tout à fait disposée à leur rendre service, qu’ils puissent utiliser, si ça leur est utile, mon image, mon nom, mes services... mais je ne suis pas une vraie engagée, je trouve! Ce serait mentir de ma part que de dire que j’y pense tous les jours et que je travaille pour ça!"
Qu’est-ce que ça représente, pour vous, d’être une femme à notre époque ?
"En fait, je ne suis pas très pour le discours "si les femmes étaient au pouvoir, ce serait différent". Je crois qu’on est assez pareils, homme et femme! Si on est dans des situations de pouvoir, les femmes au pouvoir peuvent être aussi menaçantes, incompétentes et dangereuses que les hommes de pouvoir.
C’est le pouvoir qui rend les gens mauvais! Je ne pense pas qu’une femme ait plus de qualités qu’un homme. Je crois qu’on est différents et qu’on est complémentaires. A mon avis, dans une partie du monde, c’est plus compliqué d’être une femme que d’être un homme. Et je ne me rendais pas compte, avant Amnesty, qu’autant de femmes subissaient des violences... ce sont vraiment des victimes! Mais, quand les choses ne vont pas bien, que l’on est dans les pays pauvres, les premières victimes ce sont les plus faibles, et les plus faibles se sont les femmes. Quand on voyageait avec Max Havelaar, on se rendait compte que dans les petites réserves agronomes, ce sont les femmes qui tiennent les choses. Elles sont le centre et elles gèrent et font travailler! Elles ont un rôle essentiel et en même temps, elles doivent se battre pour l’obtenir. ".
Pour votre film "Travestis" vous n’aviez pas de distributeurs ?
"Mais ça bouge! Je n’avais pas de distributeurs, pas de producteurs. Mais je suis assez optimiste... je pense que ce film aura sa vie. Ça bouge parce que, comme il parle d’un sujet d’identitaire, il parle de travestis, d’identité, d’homosexualité et de plein d’autres choses... il est représenté dans des festivals gays, lesbiens, et je me dis qu’il aura sa petite vie à lui. Mais c’est un film particulier donc c’est normal aussi qu’il mette un peu de temps".
"Hors cadre", c’est votre premier court métrage?
"On avait déjà fait quelques clips, un documentaire... mais c’est le premier court métrage avec un scénario, une vraie histoire et des comédiens comme Marie-Paule Kumps, Laurent Capelluto, Nathalie Uffner, Olivier Massart et Bernard Marbaix".
Et puis, il y a "Bambino"?
"Oui, mais c’est un autre projet parce que là, je joue dans Bambino. C’est une jeune fille qui écrit, qui réalise et je suis juste son interprète. C’est encore un autre exercice et je me suis totalement abandonnée dans ce qu’elle me demandait... alors que souvent, je suis plutôt à diriger, à décider, ou être moi-même responsable des projets".
La "Ligue d'Impro", ça vous laisse quels souvenirs?
"Oh, c’était très chouette ça! C’était très populaire, il y avait beaucoup de monde... on était dans un jeu très soutenu donc ça marchait très fort la Ligue d’Impro! Mais je crois qu’il a toujours manqué des filles "fortes" à la Ligue. Et je crois que Virginie Hocq a fait partie de cette nouvelle génération qui a... réinventé".
Et ça vous arrive encore de retourner les voir?
"J’ai accepté de faire un match "d’anciens", avec Virginie d’ailleurs! Et j’avais comme l’impression d’être une vieille coureuse de 100m et d’être avec des jeunes athlètes qui s’entraînaient tous les jours et de me dire "Ah oui, j’ai su le faire, mais comment?". Je manquais clairement d’entraînement mais c’était rigolo de le faire! En fait, on appelle cela de l’impro, mais ça demande des réflexes liés au jeu, à la rapidité, une manière de faire pour ne pas perdre ses moyens quand on est face à une impro. C’était beaucoup de travail, à l'époque, mais c’était super pour moi de passer par la Ligue d’Impro".
Vous pensez que c'est dommage de ne pas avoir un "star system" pour nos artistes, un peu comme celui de France?
"Mais, en France en fait, on voit toujours les mêmes. Et il y a énormément d’artistes sur le côté qui n’ont aucune visibilité là-bas... parce qu’ils ne passent jamais à la télé ou jamais à la radio. Alors qu’ici, comme il n’y a pas de star system, presque tout le monde a accès à tout... je pense à l’émission "50°Nord" ou des trucs comme ça... ils invitent des artistes de partout : plasticiens, des contemporains, etc. En France, ce genre d’émissions passe à minuit, une heure du matin! On n’est pas si mal lotis!"
Après le spectacle, le théâtre, la mise en scène, la radio, et j’en passe... il vous manque encore quelque chose à votre actif?
"Oui, j’aimerais faire un film, un long métrage!"
Il y a des gens avec qui vous rêver de tourner, ou de chanter?
"Oh mille et une personnes! Mes fantasmes n’ont pas de limites! Mais pas pour chanter... il y a Marka qui m’accepte sur scène... parce qu’il est gentil (rires). Mais je ne fais pas les démarches pour tourner, donc ça reste des rêves! J’ai souvent plus fonctionné en étant mon propre maître. Je trouve ça assez difficile d’être dans des castings et d’attendre".
Clic droit sur le site de Laurence Bibot
Biographie de Laurence Bibot:
1990 - La Velue, de Laurence Bibot et Mireille Verboomen (spectacle)
1994 - Coup Bas, d'Albert Mairel (comédie)
1995 - Bravo Martine, de Laurence Bibot et Nathalie Uffner (spectacle)
1998 - Les aventures du Dr Martin, de Marc Moulin, avec Nathalie Uffner et Soda (théâtre)
1999 - Miss B, de Laurence Bibot et Nathalie Uffner (spectacle)
1999 - A nous Deux, avec Marka (spectacle)
2003 - Laurence Micro, de Marie-Paule Kumps, Marc Moulin, Juan d'Oultrement, Laurence Bibot et Sébastien Ministru (spectacle)
2004 - Les Monologues du Vagin (théâtre)
2007 - Capitaine Chantal, de Laurence Bibot et Nathalie Uffner (spectacle)
2008 - Monsieur et Madame, avec Marka (spectacle)