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Une battante, Ingrid Berghmans? C’est le moins qu’on puisse dire. Jugez plutôt : à 19 ans, elle remporte le premier championnat du monde du judo féminin (à New-york); à 21 ans, le titre mondial (à Paris);
à 27 ans, championne olympique (à Séoul); à 28 ans, championne d’Europe (à Helsinki). Elle est l’une des judokas les plus récompensées au monde et l’exposition Made in Belgium l’a consacrée "Plus grande sportive belge de tous les temps"!
Sa notoriété, elle l’utilise toujours pour des causes qu’elle juge utiles. Ainsi peut-on la voir s’engager sur le Ravel, ou pour le combat contre l’ostéoporose. Son club sportif, le Vital Club, elle l’a fondé avec son mari au moment où elle a prit la décision d’arrêter la compétition. Autrefois minuscule hangar, aujourd’hui vaste complexe où chacun peut y "suer" à son rythme. "Je ne fais pas que donner simplement des cours" me dit-elle, "mon grand plaisir est de stimuler les gens d’une manière différente que le ferait un médecin. Avec des mots et mon ressenti, je leur montre que faire du sport, c’est autre chose que transpirer abondamment". A-t-elle une recette, Ingrid? Sans doute cette conviction qu’elle vous transmet avec une aisance désarmante. Même si on n’aime pas le sport, elle sait vous donner l’envie d’essayer.
Comment trouvez-vous le sport dans les écoles?
"On ne met pas assez de temps dans l’organisation du sport. Les écoles n’ont pas assez de matériel et les professeurs n’ont pas assez de passion à transmettre aux élèves. Et c’est pareil dans les sociétés : l’absentéisme est dû au manque de mouvement. On peut changer ça dès l’école en donnant le goût de bouger à nos enfants!"
Ingrid, qu’auriez envie de dire aux unes qui passent huit heures par jour debout dans leur commerce, et aux autres qui restent huit heures assise derrière leur écran, au bureau?
"Les femmes font tout à fond mais s’oublient trop souvent. Et ça, ça se paie après! Il faut changer de position pour modifier la pression sur les vertèbres. D’autant plus que, lorsqu’on est fatiguée, on se tient moins bien. Il faut se redresser et faire des mouvements pour tonifier le cœur… et se dire qu’il est bon d’être essoufflée de temps en temps!"
Les médailles de nos sportives belges à Beijing, ça vous évoque quoi?
Le sourire d’Ingrid s’illumine et je la vois sautiller sur sa chaise. "Oh c’est génial!!!... J’ai pensé qu’on était mal parti au début des Jeux Olympiques, et puis, comme tout le monde, j’ai espéré que l’on reçoive des médailles. Je connais Kim (Gevaert, médaille d'argent) et Tia (Hellebaut, médaille d'or), ce sont deux filles qui le méritent bien car elles ont travaillé pour ça!"
Je lui demande encore si elle a une idole ou quelqu’un qu’elle admire particulièrement.
Elle me répond qu’elle a une "admiration générale pour tous ceux qui vivent leurs passions" et respecte surtout "les gens qui respectent les autres!" Qu’est-ce qui lui donne de l’énergie? Elle me répond sans hésiter : "mes enfants" (son fils est rugbyman et sa fille est dans une école équestre). Et elle insiste sur le libre arbitre des enfants s’ils veulent faire la compétition (et seulement s’ils le souhaitent), qu’il faut "arrêter de projeter nos fantasmes de parents sur eux, ou les pousser à faire ce qu’on n’a pas fait soi-même!"
Une passionnée, Ingrid? Je vous le disais! Elle impressionne peut-être par sa grande taille et ses nombreuses médailles, mais rassure par ses mots, sa voix, la douceur de ses yeux. "Tout le monde peut être passionné de faire quelque chose, que ce soit en travaillant, en peignant ou autre. Les passions, c’est vraiment important dans la vie!"
Je prends alors mes photos et elle me dit encore : "J’essaie d’aider les gens qui viennent me voir à les persuader que faire du sport, que bouger, ça apporte une meilleure sensation dans la vie!" Les hommes comme les femmes viennent la trouver pour simplement s’entretenir ou faire une rééducation lors d’une blessure. Et d’ailleurs, il me faut la quitter avec regret car, déjà, se profile un autre champion : Georges Jobé (champion de motocross, blessé en compétition) a craqué, comme les autres, devant la gazelle passionnément… compétente.
Le coin des livres: "Les maux de dos et de la nuque, intervenez à temps" de Wim Rombaut, préface d'Ingrid Berghmans, Ed.Vif, 2001.
Lire aussi l'interview de Leslie Cable, productrice TV.