Qui n'est pas admiratif devant des films tels que Toy Story, Chicken Run, Arthur, La Traviata...
et bien d'autres? Au contraire des films avec des acteurs dont on retient facilement le nom, les équipes qui œuvrent à la réalisation d'animations sont souvent inconnues du grand public. Et c'est bien dommage!
Cité des Femmes rend hommage à Guionne Leroy, une charmante réalisatrice et animatrice belge, qui est intervenue justement sur les films cités précédemment. Venue dans les studios de la Rtbf de Liège pour fêter les 15 ans de Pixar (en duplex pour France3), c'est avec une joie non dissimulée que nous l'avons rencontrée.
Quels sont vos études?
"J’ai étudié la section Film et Animation, à la Cambre (école Supérieure Artistique, à Bruxelles)".
Les États-Unis vous ont invitée à venir travailler sur leurs productions?
"Oui, d’abord sur "Toy Story", puis sur "James et la pêche géante". Je suis restée trois ans et demi à San Francisco. Ensuite, j’ai eu l’occasion de faire "Arthur", un long métrage en Belgique. Et puis "Chicken Run", en Angleterre. J’ai travaillé encore sur d’autres projets et, dernièrement, j'ai été invitée pour "Max and Co", en Suisse".
Pourquoi avoir quitté les Etats-Unis?
"Parce que les films d’auteurs n’existent pas, ou très peu! Il n’y a là-bas aucune aide, tandis que nous avons des subsides qui aident à la culture. Eux, ce sont les gros studios commerciaux. Pour les artistes qui veulent faire leurs propres travaux, c’est vraiment à la dure, à leurs propres frais, dans leurs garages! Pour moi, c’était quelque chose d’inaccessible puisque je venais avec un visa de travail et je n’avais pas le droit de faire autre chose que travailler pour les boîtes qui m’avaient fait venir. J’étais animatrice Cgi, et je ne voulais pas le faire pour le restant de ma vie! L’autre studio (pour le film de volume), il faut savoir qu'il n’existait que le temps de la production... après il a été dissout. Si je voulais rester aux Etats-Unis, il fallait refaire toutes les démarches pour ça et je trouvais plus intéressant de revenir en Belgique pour continuer mon travail personnel".
Guionne, qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier?
"Le côté tactile de l’animation de volume. Je trouve que c’est une forme artistique très belle et très aboutie. Ça mélange à la fois le cinéma, la peinture, la sculpture, le dessin et le mouvement. C’est une espèce de synthèse d’arts et c’est une forme d’expression vraiment complète que j’aime beaucoup. En plus, c’est une belle façon de raconter des histoires".
Dans l’animation, c’est quoi le plus difficile à faire?
"Tenir l’attention d’un plan pendant des jours et des jours! C’est tellement lent... Par exemple, un personnage qui marche dix secondes, ça peut prendre une semaine. Et il faut garder, pendant une semaine, toute sa concentration pour savoir ce qu’on a fait avant. C’est un travail de concentration terrible!"
Combien de temps ça prend de faire un film?
"Un long métrage, c’est un an et demi à deux ans avec cent personnes. Pour une animation comme "La Traviata", c'est six semaines avec quatre personnes... Ce qui est très peu pour quatre minutes!".
Que conseilleriez-vous à un jeune qui veut se lancer dans le métier?
"Ça dépend parce que c’est un métier en éventail où l’on peut faire des choses très différentes : travailler sur ses propres films, ou dans un studio, faire du dessin, ou du volume... La réalité de l’Industrie de l’Animation de Dessin est extrêmement différente de l’Animation de Volume ou l’Animation de synthèse. Ce ne sont pas les mêmes filières, les mêmes studios... Le mieux, c’est de constituer son film d’animation personnel ou de faire un "show-reel", c’est un dvd démo qu’on peut envoyer dans les studios. Mais c’est encore une industrie qui fonctionne par réseau. Je dirais que la pire des choses qu’il pourrait faire, c’est de rester dans son coin! Le plus productif, c’est de se lancer dans le milieu par n’importe quelle manière que ce soit. C’est intéressant de se constituer un portfolio et de rencontrer un maximum de personnes".
Si vous deviez vous définir, en quelques mots?
"En ce moment, me définir est un vrai challenge (rires)... J’ai fait toute ma carrière dans l’animation, mais je remets tout cela complètement en question!
En Belgique, il y a très peu de projets intéressants, très peu de possibilités de travail pour quelqu’un de mon expérience. Je ne sais pas encore si je vais rester ou repartir. Ici, l’animation fait partie de la culture. Dans certains pays comme l’Angleterre et les Etats-Unis, c’est une industrie. C’est déjà deux choses très différentes. Mais au moins, dans les pays anglo-saxons, c’est une vraie industrie qui génère de l’énergie, des jobs, des films qui marchent et d’autres films après! En Belgique, on n’a pas ça et ça bloque! On part du principe que l’animation faisant partie de la culture, elle est subsidiée par le Gouvernement, ce qui est une autre façon de fonctionner... mais c’est aussi très politisé!"
Vous auriez un budget illimité, vous feriez quoi?
"Je monterais des projets avec des réalisateurs, des auteurs, des artistes qui sont livrés à eux-mêmes puisqu’il n’y a pas de structures, ici, pour développer des films. Les producteurs anglo-saxons sont de vrais producteurs qui investissent et engagent toute une équipe comme des designers, des graphistes, et autres, et c’est seulement au bout de deux ans, quand ils ont quelque chose de viable qu’ils partent en production. Et ça, ça n’existe pas en Europe! Les budgets qu’on peut décrocher servent à faire des films mais pas à les développer. Donc, si j’avais un rêve, ce serait d’être prise au sérieux par les instances politiques qui ont le pouvoir de décision".
Clic droit sur le site de : Guionne Leroy.
Sa biographie :
- comme animatrice... Toy Story (1995), James et la pêche géante (1996), Chicken Run (2000), Max and Co (2007), Coraline (2009).
- comme réalisatrice... Délit de Fuite (1987), Chiquechoque (1988), l'Humeur (1988), Jeux De Mains (1989), Tango (1989), Démêlés (1990), Tagada et Fugue (1991), La Traviata (1992), Arthur (1997), Des rois qui voulaient plus qu'une couronne (2003).