Subir les attentats à la pudeur, la violence conjugale, sombrer dans l'alcool... mais parvenir à s'en sortir la tête haute, c'est un témoignage que Betty Laurent a voulu nous apporter par le biais d'un livre autobiographique qui remporte un fier succès en Belgique, au Maroc et maintenant en France!
Nous avions invité Betty
à parler de son livre lors du premier anniversaire de Cité des Femmes (en janvier 2010), c'était là sa première apparition public. Et c'est avec une joie profonde que nous l'avons retrouvée au Salon du Livre de Bruxelles, en mars dernier.
Tu es l'auteure d'une autobiographie intitulée "Un coquelicot en hiver, pourquoi pas"?
"Ce livre est un témoignage que j'ai voulu écrire en l'honneur de toutes les femmes qui, malheureusement, vivent encore des choses trop difficiles. J'ai voulu, à travers ce livre, témoigner et dire aux femmes qu'il y a moyen de sortir du tunnel pour, un jour, découvrir le soleil! J'ai tenu à le signer de mes deux prénoms, belge et marocain, Betty Batoul".
C'est important pour toi de parler de la violence contre les femmes?
"C'est très important, d'autant plus que je me rends compte que c'est un sujet tabou. Les femmes n'osent pas en parler et je ne vais certainement pas leur jeter la pierre parce que moi-même, pendant des années, je ne voulais pas en parler. Je m'en suis sortie, il y a seize ans. J'ai commencé à écrire ce livre il y a quatre ans et donc pendant douze ans, je me suis tue! L'affaire Marie Trintignant m'a beaucoup interpelée. On a beaucoup parlé d'elle parce qu'elle est très connue... mais des Marie Trintignant, il y en a à tous les coins de rue! La vie est merveilleuse quand on n'est pas battue ou humiliée, j'ai voulu en témoigner".
Comment réagis-tu lorsque tu entends "elle l'a bien cherché, elle l'a bien voulu"?
"Ça me choque à chaque fois. C'est comme vivre un deuil, tant qu'on n'est pas dedans, on ne peut pas se rendre compte! Le regard des gens est assez dur par rapport à ces femmes. J'ai personnellement entendu "m'enfin pourquoi tu y retournes, si tu le fais c'est que tu aimes ça!". Je le dis et je l'écris dans mon livre, non je n'aimais pas ça! On est dans une spirale, un peu comme quand on reprend une cigarette ou un verre, on sait que ça ne nous conduira nulle part, mais on y retourne quand même. Parce qu'il y a un processus qui est comme une aliénation mentale. On est comme sur un manège et on n'arrive pas à en descendre. Jusqu'au jour où...".
Il y a, peut-être aussi, la peur de la solitude?
"Disons que quand on vit avec ce genre d'homme, qui prend toute la place, qui est un peu comme un gourou et que l'on quitte, on a comme un vide! Il n'y a plus personne pour vous dire tout ce que vous avez à faire... et comme vous n'avez existé qu'à travers cet homme, qu'il vous a tellement dit que vous n'étiez bonne à rien, une fois seule vous repensez à ces phrases et vous vous demandez ce que vous allez faire... puisque vous n'êtes capable de rien! Alors vous y retournez... c'est vraiment comme une drogue. J'ai fait un séjour en hôpital psychiatrique pour suivre une thérapie, parce que je voulais m'en sortir! Il faut pouvoir trouver, à un moment donné, la raison en soi et la force de se dire que l'on est capable de faire des choses toute seule et que l'on est digne de respect et d'amour".
Sur ton site internet, tu as beaucoup de témoignages de jeunes femmes qui te prennent pour modèle...
(Grand sourire) "Oh ça c'est ma plus belle "carte de visite"! Le retour des lecteurs me fait un plaisir fou, parce que je me rends compte que le message est passé! Si mon témoignage peut donner la force à celles qui doutent encore, alors j'ai gagné mon "pari"".
Tu as fait le Salon du Livre de Casablanca, la Foire du Livre de Bruxelles et le Salon du Livre de Paris... Une reconnaissance?
"C'est merveilleux! J'ai l'impression de vivre un rêve! Je vais aussi recevoir le Prix Marie... Cette reconnaissance arrive assez vite, mais c'est que du bonheur!".
Tu as aussi été reçue au Parlement de Bruxelles?
"La ministre Fadila Laanan a été interpelée par ce livre qui n'est pas que de la violence conjugale. Il y a aussi la double culture (belge et marocaine), les attentats à la pudeur, les tentatives de suicide, l'alcool... et il y a toute la reconstruction derrière. C'est une histoire qui finit bien et la ministre s'est dit que ce livre pouvait être comme une "brique" pour tout ce que l'on essaie de mettre en place pour aider les femmes. Et le Parlement m'a commandé une centaine de ce livre! (sourire) Aujoud'hui, je visite des foyers de femmes, que je connais plutôt bien, pour accompagner le livre d'un témoignage oral et l'impact est très positif! Je leur reverse également une partie de mes bénéfices sous forme de dons (petite contribution à laquelle je tiens beaucoup). Des contacts sont pris aussi avec des écoles secondaires afin de proposer ce livre aux élèves de Rhéto".
Tu as eu des témoignages des hommes aussi?
"Oui, étrangement, il y a beaucoup d'hommes qui lisent mon livre! Et il y en a qui sont choqués, émus... et qui me disent qu'ils ne pourraient jamais lever la main sur une femme, encore plus depuis qu'ils ont lu le livre. Quand je raconte toutes mes émotions, certains sont blessés dans leur virilité masculine! J'ai des témoignages d'hommes belges et, depuis peu, d'hommes marocains".
Tu continues toujours ton métier principal?
"Oui, je travaille comme cadre dans un département de signalisation et je réalise des offres pour le marché belge et international".
Et l'environnement avec tes collègues?
"Et bien je leur ai vendu une centaine de livres (rire)... C'est beaucoup avec les hommes de mon travail que j'en ai discuté... et d'ailleurs, leur comportement s'est modifié et certains m'ont même félicitée!".
Penses-tu que "les plus grandes épreuves de la vie sont celles qui font grandir"?
"Oui! Cette citation prend tout son sens... On prend une force, une impulsion plus forte lorsqu'on a vécu des choses difficiles. En fait, on ne s'attarde plus sur des futilités, on vit l'instant présent. On parle avec les gens, on les écoute...".
Quel conseil as-tu envie de donner à une femme qui subit des violences?
(Long silence) "...Lire le livre peut déjà lui donner des pistes. La meilleure chose qu'une femme peut retrouver, pour s'en sortir, c'est l'estime d'elle-même! Il faut qu'elle apprenne à se respecter... et à partir de là, elle n'acceptera plus le non respect des autres! Il faut qu'elle se rende compte qu'elle peut réaliser des choses par elle-même... mais il faut qu'elle soit entourée aussi! Le père et la mère ont un rôle important à jouer! Quand j'ai été reconnue par mon père puis par ma mère, ça m'a donné des ailes!...".
Tu vas continuer l'écriture ?
"Je le voudrais bien car j'aime ça... Je vais te faire une confidence : j'ai commencé le tome 2... Il m'arrive tellement de belles choses que, maintenant, je tiens un carnet de bord (rire)... L'idée, c'est quand même de publier d'autres auteurs, j'ai créé cette maison d'éditions pour donner la parole à d'autres qui voudraient aussi raconter leurs histoires personnelles!".
Betty, quelle est ta plus grande fierté?
"La famille que j'ai réussi à construire! Je me ressource avec mon mari, mes enfants, ma famille... Je me sens aimée à travers leurs regards!".
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