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Armelle Gysen, présentatrice télé

S'il est une présentatrice de la télévision belge qui soit à la fois charmante, intelligente et agréable, tant à regarder qu'à écouter, c'est bien Armelle Gysen! D'un naturel désarmant, cette sympathique sylphide nous a reçu avec ce sourire légendaire dont une chaîne française a bien failli nous priver (on se souvient de son passage comme animatrice aux côtés de Vincent Perrot dans "L'émission des Records")...

Vous rêviez d’être danseuse… et vous êtes la plus populaire de nos présentatrices télévisés…

"La danse, c’est ma vraie grande passion parce que le travail technique, la persévérance, le souci de la perfection, l’image poussée à son paroxysme dans le moindre photodétail, c’est vraiment ce qui me plaît. Et je pense que, à la télévision, j’ai retrouvé un métier d’images qui me ressemble et dans lequel, bien sûr, il y a du contenu puisque j’ai une formation de journaliste et donc j’y trouve une matière. Depuis deux ans, on me revoit dans les grands divertissements et les grandes variétés de la RtbF. Il y a des émissions comme « Quelque chose en nous… » qui sont des émissions qui racontent une histoire avec beaucoup de contenu et là, comme la dernière spéciale qu’on vient de faire sur la St-Valentin, ce sont des émissions plus à la française où c’est de la tchatche et où il y a moins de contenu, mais c’est un autre travail d’arriver à amener sur un plateau une énergie, de l’humour et de la distraction. C’est créer quelque chose avec du vide, finalement. Et donc c’est un autre travail qui m’intéresse aussi."

On a failli vous perdre, à la fois quand vous êtes partie en France… et puis quand vous êtes revenue et que la RtbF vous a, semble-t’il, boudée !

"Ah oui, complètement, ça a été de la haute trahison pour eux de partir en France et on me l’a bien fait sentir et bien fait payer ! Effectivement, pendant quatre ans, on m’a mise dans des émissions à minuit trente en disant « elle va refaire ses classes »… ce qui, dans mon raisonnement, est complètement absurde parce que je rentrais riche d’une expérience et c’était le moment de la valoriser, de la mettre en avant. Mais je pense que, depuis, les mentalités à la RtbF avec nos deux directeurs français successifs (Yves Bigot et François Tron) sont en train d’évoluer et de changer ! Les deux m’ont dit, me le répètent, et se rendent compte que l’animation (et la présentation) est un des métiers les plus difficiles de la télévision et entendent vraiment nous protéger dans ce travail-là. Avant ça, la RtbF était quand même une société dans laquelle on mettait tout le monde à niveau… comme dans un grand ministère et il n’était pas question de privilège quand on passait à l’antenne --alors que je ne pense pas qu’il faille des privilèges quand on passe à l’antenne!--, mais je pense qu’il faut une attention particulière parce qu’on est quand même la face émergente d’une société, on est la partie visible. Et donc, on doit être rayonnant, on doit être à l’écoute, on doit être construit et nourrit du travail des équipes… et donc, tout ça doit être protégé et, je pense, valorisé."

Jacques Mercier et vous, c’est un duo magique, c’est une grande complicité ?

"Une grande histoire d’amitié, vraiment ! Ca fait douze ans que je travaille et je peux dire que mes dix premières années de carrière auront été nourries et remplies par la personnalité de Jacques. Il m’a beaucoup apporté en travaillant à « Forts en tête ». photoJe sortais de l’Université, il y avait plein de choses que je ne connaissais pas et il m’a apporté son soutien, son expérience. Il m’a beaucoup appris sur la langue française, des choses que j’avais passivement étudiées à l’Université mais que je n’appliquais pas et donc, il a mis le doigt sur plein de petites choses et il m’a fait avancer. Et puis, il est fort d’une expérience de 45 ans de service public et il m’a appris à tenir le coup quand, parfois c’était difficile... parce que ces grosses sociétés parfois peuvent broyer aussi! Donc, il m’a appris à prendre de la distance, à vraiment mesurer ce qui comptait dans l’existence, à savoir la passion, l’envie, la vie privée et que le boulot, dans son côté institutionnel, ne venait qu’en tout dernier lieu. Il m’a appris à faire l’ordre des priorités et c’est vrai que, là il est à la retraite et c’est mignon parce qu’on communique par Facebook ou on s’appelle, parce que c’est un fan des séries et qu’il me prête les coffrets des différentes séries et puis on échange dessus en disant « oh, ça m’a plu ou pas plu »… et donc, on a une espèce d’amitié et c’est très enrichissant d’avoir des amitiés avec des personnes de générations très différentes. J’ai apporté à Jacques toutes les nouveautés musicales et lui m’a apporté toute une culture littéraire que je n’avais pas, et c’est un échange comme ça qui s’est nourri d’année en année."

Vous êtes entrée à la RtbF en 1996. Treize ans après, vous sentez que vous avez plus de libertés, de possibilités ?

"Plus de possibilités, je ne sais pas, je pense qu’on reste un pion animé et que si un décideur n’a pas envie de vous mettre sur une émission, il ne vous met pas. J’ai l’impression que tout est à faire et que ma sécurité n’est pas du tout établie, même si ma direction me certifie l’inverse! Je pense que, si la direction change de main, ce n’est pas certain que je sois encore là parce qu’on fait un métier dans lequel si notre tête ne revient pas à un directeur, on ne fera pas l’émission! Il faut que les décideurs aient le sens professionnel de dire « j’aime/je n’aime pas cette personne, mais de toutes façons, c’est elle qui convient au produit », ce n’est pas toujours évident d’être face à une personne comme cela! Là, c’est vrai qu’on a une direction de bonne qualité, à la RtbF, et que Jean-Paul Philippot à fait un travail assez remarquable dans la boîte. Je me sens beaucoup plus libre dans mon ton, dans le personnage que je suis parce que, quand on arrive de l’Université fraîche et moulue, tout est à faire. Les classes sont difficiles et c’est un travail rigoureux, un travail de patience, et je pense qu’il faut facilement --on me l’avait dit à l’époque--, dix ans de métier pour construire un animateur. C’est un travail lent, de longue haleine, qui se construit avec les heures de vol et ça ne s’improvise pas de gérer des grands plateaux avec des vedettes, des personnages charismatiques, des personnes trash sur un plateau, et un multicâbles... et de tenir les rênes et de savoir très bien où on amène l’invité, où on l’entraîne,... savoir qu’on peut le laisser partir dans une conversation délirante mais qu’on aboutira quand même au lancement d’un sujet, c’est compliqué."

Parallèlement, vous tenez deux magasins ?

"Je les ai fermés au mois de septembre 2008, mais je fais des ventes privées de vêtements, et j’en suis ravie ! J’avais mes deux boutiques depuis quatre ans et depuis deux ans, je travaillais beaucoup, beaucoup, en télé donc l’ensemble faisait quand même un gros emploi du temps et il y avait cinq vendeuses qui se partageaient les deux temps plein. A un moment donné, avec les événements de l’année dernière (le départ brutal de Jeff Bodart), j’étais un peu plus absente et c’est parti en toupie… Je n’avais pas l’énergie de récupérer et comme la conjoncture était difficile, je me suis dit « ok, j’arrête », je modifie le système de vente et je suis ravie maintenant des ventes privées. J’en ai fait trois, déjà. Je vais en faire six par an, à peu près. Ca marche très bien, c’est très gai parce que c’est moi qui suis derrière. Pendant trois jours, j’ouvre un appartement dans lequel je mets toutes les collections, et j’ai plein de copines, des réseaux, des clientes de Facebook qui débarquent. C’est une ambiance très « chambre à coucher » de copines, tout le monde essaie tout. J’ai voulu que toutes les femmes qui passent la porte se sentent à l’aise d’essayer, j’ai des copines qui viennent pour aider les clientes à trouver des choses qui leur plaisent. L’avantage, c’est que tout le monde se détend et les filles essaient plein de choses… Je pense faire la prochaine vente les 12, 13, 14 mars 2009."

Ambassadrice Cap48, puis Amnesty International, et aujourd’hui ce sont les Nivéa Awards, c’est important pour vous de vous engager dans des causes comme celles-là ?

"Cap48, c’est une évidence que c’était inscrit sur mon parcours, c’est la grande opération de solidarité de la RtbF. Dès le début, on m’a demandé de participer à la première soirée et, petit à petit, je me suis inscrite comme une des présentatrices de la soirée. photoAvec les années, j’ai été de plus en plus sensibilisée par le handicap. J’ai un papa qui a fait un accident de moto à 20 ans, qui a fait 14 mois d’hôpital, qui a été en chaise, en cadre et qui boîte toujours, il a quatre-vingts ans. Y’a plein de choses que je ne faisais pas avec mon papa mais sans vivre son handicap comme quelque chose d’étrange. A Cap48, on est confronté aux difficultés des familles, j’ai aussi eu l’occasion d’approcher des personnes souffrant d’handicap très lourd et je pense qu’effectivement, Cap48 a changé mon regard sur les personnes handicapées. Mon degré d’acceptation de la différence (parce que plus jeune on peut être effrayé par un handicap), en vieillissant, tout ça est balayé ! Je crois que les personnes qui sont sur le terrain et qui travaillent pour Amnesty International font dix mille fois plus que nous ! Donc si modestement on peut collaborer par l’ajout d’un nom, d’une signature, d’une présence un jour, c’est une évidence pour moi de le faire ! Et puis, Nivéa Awards, c’est différent mais c’est une belle chose de valoriser les femmes qui sont belles à l’intérieur. Là, je suis en train de préparer la présentation de ce soir et on a les trente candidates qui ont été sélectionnées. Et donc, je vois le parcours de ces trente femmes qui ont été inscrites sur le site, par des amies, par des proches et on se rend compte qu’il y a beaucoup de monde qui font beaucoup de choses, et beaucoup plus que nous, personnalités publiques, en étant là, au quotidien, sur le terrain, en aidant des personnes défavorisées ou des enfants au Sri Lanka... Il y a mille façons de rentrer dans la société. C’est vrai que depuis le départ de Jean-François, enfin Jeff Bodart, j’ai eu beaucoup plus de sollicitations, parce que lui était réellement investi, bien plus que moi, et depuis bien plus longtemps que moi, et c’était quelqu’un d’extrêmement dévoué à beaucoup de causes, et je pense qu’assez naturellement, il y a des associations qui m’ont entraînée là-dedans. Malheureusement, on ne peut pas répondre à tout, parce que sinon on se dilue et s’est compliqué."

Vous n’êtes pas très branchée Facebook ?

"J’y suis sans y être. C'est-à-dire que j’y ai une présence relativement passive : je n’arrive pas à répondre à tout le monde, parce que ma boîte à mails explose et que c’est une gestion qui me prendrait deux heures par jour ! Je ne peux pas donner ce temps-là ! C’est vrai que j’ai ces demandes d’amitié qui sont chaque fois soulignées par des petits mots charmants et que je trouve très gentils... mais je ne peux pas répondre à tout le monde parce que ça me prendrait un temps fou ! Donc, j’y suis assez passivement et c’est vrai que j’ai fait le choix de n’accepter que mes amis réels et relations, parce que sinon, ce sont des sites qui n’en finissent pas. Mais je ne les efface pas parce que je me dis qu’il faut que je réponde, et puis je suis engluée par les demandes suivantes et je n’arrive jamais à répondre. Je n’arrive pas à gérer Facebook !"

Brigitte Mairiaux, 19/02/2009

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Lire aussi l'interview de Leslie Cable, productrice de la télévision belge.




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