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Anne Marie Adam, sculptrice sur terre

Les belges ne s'y sont pas trompés en décernant le prix "Femme de Cristal" à Anne Marie Adam. Sculptrice de métier, Anne Marie a reçu ce prix comme un boosteur à sa motivation. Et ses créations se surpassent les unes les autres. C'est une femme hors du commun, qui a su transformer les épreuves de sa vie en challenges.

A Cité des Femmes, on est très fière de vous présenter la charmante Anne Marie ADAM et des EVE de terre par centaines!

Quand as-tu commencé la sculpture?

Photo Anne Marie Adam"C'était en 1998, j'avais 44 ans. Mais j’ai eu un aperçu de ce goût et de cette envie vers l’âge de 12, 13 ans, avec mon cousin Kristian Le Moult qui pour moi était une idole. Quand, à cet âge-là, tu as un artiste dans la famille qui a quinze ans de plus que toi, c’est impressionnant. Il me faisait rêver... Nos deux mères s’entendaient très bien et étaient plus complices que cousines et quand j’allais le voir, il m’initiait au fusain et à la terre. J’étais dingue et j’ai dit que c’était ça que je voulais faire! J’ai fait ma première tête en terre. J’ai aussi posé pour des photos qui lui ont servi de thèmes pour ses peintures".

Et avant cela?

"J’avais dit à mes parents que je voulais faire du dessin mais ils n’ont jamais voulu. Donc j’ai fait mes humanités chez les sœurs et du secrétariat en langues. Puis j’ai travaillé dans une société d’eau minérale pendant 23 ans. Je m’occupais de la logistique".

Et tu as traversé plusieurs épreuves qui t'ont déstabilisée...

"Mon mari est décédé brutalement... La même année, l'entreprise qui m'employait restructurait et j'ai été poussée vers la sortie, c'était un mercredi. Photo Anne Marie AdamLe vendredi suivant, je lis un article de presse qui annonce que l'Académie des Beaux Arts de Liège organise des cours du soir de sculpture. Je m'y suis inscrite et le lundi je commençait les cours. Cela m'a beaucoup aidée... Ensuite, avec Jean-Luc Durelet, on a monté un atelier de sculpture à Jupille. Il donnait les cours et je m'occupais de la gestion de l'atelier. On avait un modèle qui venait poser et c’était très gai. Puis... Jacques, mon compagnon de l’époque tombe malade... J'ai aménagé le garage de ma maison en atelier pour continuer à travailler et en même temps rester à ses côtés. Quand il s'en est allé... Ce fut très dur, moralement, physiquement... Je n'avais plus d'énergie et plus le goût à travailler dans mon atelier".

Qu'est-ce qui t'a aidée à relever la tête?

"Et bien, deux mois après, un groupe d’aquarellistes m’a invitée à participer à une expo avec eux à Liège. J’ai d’abord refusé... mais comme j’avais quelques semaines devant moi avant l’expo, je l’ai fait. J’ai exposé à l’Espace Venta avec eux et de là tout est reparti! Un engouement : les pièces qui se sont vendues, des journalistes qui sont passés... En octobre, je recevais la médaille d’or de la "Reconnaissance Artistique Européenne"... Suite à un article de presse de la région namuroise qui relatait cette récompense, la télévision belge Rtbf (qui sélectionnait des personnes pour la remise des trophées de la Femme de Cristal) m’a repérée et puis voilà... j'ai été nominée "Femme de Cristal", c'était l'année 2006! C’était évident que, de là-haut, Jacques continuait à me faire des signes en me disant de continuer, de ne pas m’arrêter... et il a mis sur ma voie des gens qui ont continué à me forcer la main pour que je vive cette passion de la terre".

Et ça fait trois années de suite qu'on te demande de créer le prix pour les miss de la ville de Liège?

"Il y a trois ans, l’organisation était nouvelle et les deux sponsors principaux cherchaient quelque chose d’originale à offrir à la gagnante. Photo Anne Marie AdamUn des deux est passé au "Parcours d’Artistes", ici, a découvert un travail très féminin qui lui parlait. L’année dernière, c’était un petit buste en bronze, l’année d’avant, c’était une sculpture dans le genre de celles que tu as vues à l’atelier, et cette année, elle n’est pas encore conçue! Je sais ce que je vais faire parce que, en ce moment, le modèle qui vient poser est une jeune femme très élancée et très mince qui a tout à fait le profil d’une miss donc je vais m'inspirer de sa plastique pour réaliser le trophée de Miss Liège 2010 (qui sera remis à Chaudfontaine en septembre 2009)". (photo : peinture de Kristian Le Moult, sculpture d'Anne Marie Adam)

Et tous ces prix obtenus, ça t’a apporté quoi?

"Ca m’a apporté beaucoup de rencontres très intéressantes! Et de superbes rencontres de femmes. Je n’ai pratiquement vendu aucune sculpture (si ce n’est dans les galeries) qu’à des gens avec qui je garde des contacts. Et il y a des échanges fantastiques, riches de personnalités. Je pense que c’est la plus belle récompense dans ma passion! Quand c’est un achat fait par une dame, c’est souvent parce qu’elle se retrouve dans la sculpture, que ça lui parle, qu’il y a une émotion qu’elle a ressentie ou qu’elle a envie d’offrir cette émotion-là aussi. On en parle et c’est vraiment très fort! Et j’aime ce contact-là".

Il y a des terres qui se cuisent et d’autres pas?

"Elles se cuisent toutes! Une terre non cuite, c'est très fragile, ça casse comme un biscuit! Les finitions sont différentes. S’il y a un tout petit peu d’eau à l’intérieur de la sculpture et que tu fais cuire au four, elles éclatent! Photo Anne Marie AdamDonc, elles sèchent au préalable sur mon feu de bois, et puis elles vont en cuisson à 960°. Mais pour l’extérieur, il faut que la température monte à 1200° pour qu’il n’y ait pas de porosités, et dans ce cas je vais faire cuire mes pièces dans des fours à gaz (à l'atelier de Marita Braet à Herstal). Pas de soucis avec le gel lorsqu’il n’y a pas de porosités! Une cuisson monte pendant neuf heures, puis ça refroidit dans le four pendant neuf heures aussi. Il ne faut surtout pas les retirer avant le total refroidissement sinon le changement de température provoque une dépression qui fait éclater les pièces. Demain matin, je saurai si les cuissons d'aujourd'hui sont entières ou pas! Et les portraits, c’est ce qu’il y a de plus délicats à cuire, parce que dans la tête il y a beaucoup de détails et comme les pièces sont vidées à l’intérieur, s’il y a des différences d’épaisseur ça influence aussi la cuisson! Il y a des tensions pendant la cuisson et ça peut casser. Donc le suspens est grand! (rires)".

Tu travailles beaucoup la femme?

"J'apprécie le modelage de la terre pour réaliser des corps de femmes, la plupart du temps avec des modèles qui viennent poser parce que j’aime vraiment de faire du figuratif. Il y a une émulation entre le modèle et moi, quand elle pose, entre ce qu'elle exprime et entre ce que je vais donner de ma perception... il y a une très bonne énergie qui sort de cela. Mais j’aime aussi faire de temps en temps des choses qui sortent de mon imagination, comme les derniers couples, ce sont des choses que je vis très personnellement. Il y a quatre, cinq ans, c’étaient des couples qui posaient, ceux de maintenant, c’est mon imagination. J’ai eu envie de faire des choses moins précises. Le couple tel que je l’idéalise. Le corps humain, je commence à le connaître très bien!"

Le Parcours d’Artistes, c’est chaque année?

"Oui et là, c’est la neuvième année que j’ouvre les portes de l’atelier à Dolembreux. Sculpture AMALa toute première année, on ne se rend pas compte des anonymes qui prennent des cartes de visite, mais ils font partie d’un tas d’associations ou de galeries... Et c'est comme ça que j'ai été sollicitée pour exposer dans divers endroits. Le bouche à oreille fonctionne très vite et je me suis rendue compte après ce premier parcours que les invitations arrivaient tout le temps! Au bout des neuf ans, j’ai comme un fan club...(rires). Sur les trois jours, je reçois entre 300 et 400 personnes ici! Cette année, avec mon compagnon qui est courtier en vin, on va mélanger la terre et la dégustation de vins. Un nouveau challenge pour fêter une nouvelle vie!".

Tu partages ton temps entre la Belgique et le sud de la France?

"J’ai exposé en France, il y a trois ans dans un chateau du Vaucluse. L’année dernière, j’ai eu une proposition pour exposer dans le Sud ... car c'est là que vit Ivan, mon amoureux. Je le rejoins souvent dans le Gard, début de la Camargue... et là-bas, c'est l'art taurin qui est roi! J'étudie les propositions, je m'installe peu à peu dans cette nouvelle vie et dans le SUD...et le soleil stimule ma créativité! Et comme les mains dans la terre m'ont toujours aidée à garder les pieds sur terre, je continue... que ce soit à Dolembreux ou à Caveirac... à créer et m'enraciner".

Brigitte Mairiaux, 27/04/2009

"La terre et le vin : un plaisir à partager avec vous". Parcours d'Artistes, les 30, 31 mai et 01 juin 2009 de 14h à 19h. Route de Méry 3, 4140 Dolembreux. +32 (0) 495 776 374

"Entre Terre et Mer", expositions d'artistes : Anne Marie Adam, Josette Fransen, Marita Braet, Johan Storm à la Chappelle des Sépulchrines, avenue du Collège 31 à Visé, du 21/05 au 31/05/2009, de 14h à 19h.

Site d'Anne Marie AdamSculpture AMA

Pour accéder au site d'Anne Marie "TerreDeFemmes.be", cliquer sur :Sculpture AMA

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