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Andrée Deissenberg, directrice générale

du Crazy Horse de Paris

En 2005, le célèbre Crazy Horse a été racheté par deux belges, Philippe Lhomme et Yannick Kalantarian. Début 2006, c'est une femme qu'ils mettent à la tête de la direction générale : Andrée Deissenberg. D'origine franco-américaine, cette superbe blonde aux yeux bleus a su redonner un coup de fraîcheur à l'enseigne! Andrée DeissenbergD'une efficacité extraordinaire, et jusque dans les moindres détails, Andrée peut se vanter de marquer le Crazy de ses coups de griffes (l'invitation des guets stars, c'est elle) et faire de cette enseigne mythique un lieu où la jeune femme moderne peut aller savourer un spectacle sensuel tout en charme et volupté, pour une soirée en couple... ou entre amies!

En ce mercredi d'avril, c'est l'ébullition au Crazy : les filles répètent à l'extérieur le nouveau spectacle créé par Philippe Découflé (sur scène dans les prochaines semaines) et le groupe Superbus (Allô Lola) enregistre leur nouveau clip vidéo "Lova Lova" sur la scène. Andrée reçoit Cité des Femmes avec chaleur, simplicité et beaucoup d'attention dans un superbe salon rouge... l’âme du Crazy, lieu symbolique de son héritage créatif et artistique... puisqu’anciennement le bureau d’Alain Bernardin!

Andrée, vous êtes arrivée ici en 2006... ça s’est passé comment?

"Quand j’ai vu le Crazy pour la première fois, j’étais la directrice commerciale et communication pour tous les théâtres fixes du Cirque du Soleil basés à Las Vegas (il y a trois théâtres à Las Vegas et un à Orlando). En 2001, on m’a dit que les filles du Crazy arrivaient et on m’a demandé si je voulais envoyer des artistes du Cirque de Soleil pour les accueillir... mais comme je ne connaissais pas très bien le Crazy, j’ai refusé! Ensuite, on m’a invitée à l’avant-première et j’ai découvert un spectacle qui m’a charmée, qui m’a vraiment enchantée, ravie, séduite... J’avais jamais vu quelque chose de pareil! J’ai vu beaucoup de spectacles dans ma vie, j’étais très active dans le milieu du spectacle vivant, et là, je découvrais comme une espèce de petite boîte à bijoux où tout était fait dans le détail, dans la perfection, dans la beauté, dans le rêve, j’étais sincèrement impressionnée! En 2003, j’ai travaillé sur la première revue sensuelle (pour les 18 ans et plus) du Cirque du Soleil à Las Vegas, on a engagé une des danseuses du Crazy qui voulait quitter ce dernier et s’intégrer à la troupe de ce spectacle, c’était très intéressant. Ensuite j’ai quitté Las Vegas pour le Cirque du Soleil en Europe, et à un moment donné on m’a contactée pour me dire que le Crazy cherchait quelqu’un. J’étais très heureuse où j’étais, mais je me suis dit que de toutes les offres que j’avais reçues, c’était peut-être la plus intéressante! Je ne connaissais pas la "maison mère" de Paris, j’avais le spectacle de Las Vegas en tête et je me suis dit qu’on allait discuter. Je suis revenue voir celui d’ici et... c’est quand même franchement magnifique! C’est un spectacle pour lequel il y a plein de choses à faire, sur l’image, la gestion, le produit lui-même... Je n’étais pas la seule candidate, ou avait deux mois à peu près... on s’est mis d’accord et j’ai commencé en mars 2006!"

Une femme à la direction, ça n’a pas fait un peu grincer des dents?

Andrée Deissenberg"Je ne sais pas si les équipes étaient ravies ou pas! Vous savez quoi? Je pense qu’ils se demandaient si ça allait marcher ou pas, si j’allais faire des bonnes choses ou pas. Je ne pense pas que ce soit une question de femme/homme! On se demandait plutôt s'il y aurait des nouvelles choses, des nouveaux spectateurs, ...je pense que c’était plus ça! Jugeons plutôt sur le travail effectué".

Vous avez fait appel à une architecte belge, Anne Derasse. C’était votre choix?

"C’était un choix naturel. Juste avant elle, on devait travailler avec une autre femme qui n’avait pas le temps, c’était l’architecte d'intérieur de monsieur Bernardin. On a fait la rencontre de l’architecte belge, tout à fait charmante, et on a très bien collaboré ensemble".

Vous avez invité Arielle Domsbale, Pamela Anderson, Dita Von Teese... Vous comptez inviter une guest star chaque année?

"Ouiiii... J’ai toujours vu le Crazy comme le lieu mythique de la sublimation de la femme, c’est un lieu qui glorifie la féminité! Et nous avons des danseuses qui sont toutes exceptionnelles, mais il y a aussi des femmes exceptionnelles et je trouve très intéressant d’inviter ces femmes sur cette scène mythique qui glorifie la femme! Le Crazy a aussi une autre force qui est celle de la création. Les femmes ici sont glorifiées, et glorieuses si l’on veut, parce qu’on leur consacre une réelle création. La mise en scène est extrêmement poussée, recherchée, et détaillée. C’est ça qui fait la spécificité du Crazy Horse et c’est quelque chose qui intéresse aussi les femmes de travailler au niveau artistique et créatif sur des collaborations où elles savent qu’elles seront mises en valeur, toujours très protégées par les lumières, les mises en scène, les costumes, etc. C’est un mélange extraordinaire : amener notre savoir faire, travailler avec des femmes d’exception, et créer des événements et remettre la création au centre... la femme au centre de la création... et donner des opportunités à Paris (ville de créateurs, d’artistes), de collaborer avec la maison!"

Andrée DeissenbergAutre coup de griffe de votre part : faire entrer des femmes de couleur au Crazy?

"Les faire revenir! Oh oui, j’adore. Dans les années soixante-dix, sous monsieur Bernardin, il y avait une diversité très intéressante avec des asiatiques -que je cherche toujours !-, des filles qui étaient très noires, moins noires... Aujourd’hui, nous avons quatre filles de couleur dans la troupe et j’en suis très fière parce que le Crazy c’est la femme, mais les femmes du monde entier et de la rue! Si vous voulez, vous sortez dans la rue, elles sont de toutes les couleurs! Je pense que pour célébrer la femme dans son entièreté, il faut la montrer dans toutes les "déclinaisons" possibles".

Mais quand on voit les jeux de lumière, est-ce que ça a le même reflet sur la peau?

"Vous avez parfaitement raison! Les peaux très foncées posent problème, pas dans les solos mais dans les line-up, il y a un trou! La lumière ne prend pas pareil! Pour l’instant, cette question ne se pose pas parce qu’on n’a pas de fille qui ait une peau très, très foncée. Elles sont caramel, café au lait... Mais vous avez tout à fait raison... c’est compliqué".

La mentalité du cirque, c’est de s’entraider. Ici, c’est l’inverse?

"C’est plus dur. C’est surprenant que vous posiez cette question parce que, en effet, c’est quelque chose qui m’a surprise quand je suis arrivée. Au cirque, c’est une question d’entraide, quand il y en a un sur le trapèze, il y en a toujours deux en dessous. Il y a une espèce de discipline et une force qui est au service de tout le monde, toujours. Au Crazy, il y a douze filles tous les soirs dans des petites loges, entre 18 et 35 ans, la moyenne est de 24 ans... avec une toute petite scène et une envie de briller plus que les autres, c’est normal... donc parfois ça chauffe dans les loges. Elles sont solidaires, elles s’entraident, mais il peut y avoir des tensions "pourquoi elle et pas moi?", "comment ça se fait que la direction t’a choisie toi et pas moi?", etc... Donc, il y a beaucoup plus de petites rivalités même si c’est un groupe très cohésif qui s’entraide et qui va parler ensemble s’il y a des choses qui les préoccupent... quand même, à l’intérieur, il y a un ego et c’est normal. C’est un petit groupe de filles dans de petites loges! J’ai pas de sœurs, mais j’imagine que ce serait un peu ça".

Cela fait 3 ans que vous êtes ici. Qu’est-ce que ce travail vous a apporté dans votre vie de femme?

"Une absence de vie de femme! (rires) Un chat aussi!... Sur un plan personnel, je pense, j’ai toujours été très "mec". Je m’appelle Andrée, ça vient de Andros, l’homme! Mais je pense que ça m’a rapproché de mon côté féminin. Parfois où je peux dire que j’assume mon côté féminin pour dire "je suis faible, venez m’aider". Il y a des femmes qui refusent ça et c’est quelque chose que j’ai appris à travers tout ça : me rapprocher du côté féminin. Ca c’est pour un côté personnel, et du côté professionnel, ça m’a encore plus aiguisé l’œil sur les détails. Tout est dans le détail, il n’y a rien d’autre que le détail! Et ça, ça se reflète dans la vie de femme. Voilà, donc un côté plus féminin, et un côté plus aiguisé sur les détails. On rigole parfois... tout à l’heure , nous étions deux femmes à discuter sur "le reflet dans le miroir qui rendait la fille immense, et il l’a pas vu, il faut qu’on lui dise"... et voilà, nous on a vu QUE le reflet qui la déforme, et les mecs ont vu juste la super nana au centre...".

Pour vous, Andrée, quel(le) a été le ou la meilleur(e) invité(e)?

"Quand je suis arrivée au Crazy, je me suis dit que c’était fantastique mais que, aïe aïe aïe, il faut qu’on ramène une clientèle plus jeune! La clientèle, quand je suis arrivée, me semblait vieillir avec le Crazy. Donc, c’est très bien parce qu’on a des clients qui viennent depuis des années... mais je pense aussi que le Crazy plaît énormément aux femmes et qu’à l’extérieur on croit que ce sont les mecs qui aiment le Crazy... mais c’est aussi un lieu de femmes! Et maintenant, avec toutes les opérations... de guets stars à Philippe Decoufflé (qui crée le nouveau show et collabore avec Fifi Chachnil pour les costumes)... pour que ça amène une clientèle plus jeune! Et quand je vois une clientèle de jeunes femmes, je suis fière et j’ai comme on dit le "président de la banane". J’ai la fierté de faire découvrir ce lieu à des jeunes femmes qui s’y retrouvent! Notre clientèle est à 60% française et 40% étrangère, et elle est à 48% féminine et 52% masculine. Et ce sont plein de jeunes et belles femmes qui viennent en couple ou entre copines... il y a trois ans, quand je suis arrivée, je ne voyais pas ça! Je pense que le Crazy les fait rêver, fait rêver leur mec aussi, et quelque part on retrouve tout le monde! Et moi, je pense que quand la sensualité passe par la femme, elle profite à l’homme, par déduction!"

Brigitte Mairiaux, 08/04/2009
Photo de la salle, avec l'aimable autorisation du Crazy.

Pour accéder au site www.lecrazyhorseparis.com, clic droit sur la photo : Photo Salle du Crazy Horse